Quand les journées raccourcissent et que le froid s'installe, de nombreuses familles en Lorraine retrouvent des rituels « d'intérieur » : une boisson chaude, une lampe allumée tôt, un fond de musique et une activité qui ne demande ni écran ni organisation compliquée. Le coloriage fait partie de ces plaisirs discrets. Si on l’associe souvent à l’enfance, il revient aussi chez les adultes, parfois sans qu’on ose le dire : une façon de ralentir, de se concentrer sur quelque chose de simple et de terminer enfin une tâche dans une journée où tout paraît fragmenté.
Le plus intéressant, c’est que le coloriage ne vise pas la performance. Il n'est pas nécessaire de « savoir dessiner ». On choisit une page, on prend quelques crayons et on commence. Le geste est répétitif, mais pas mécanique : on choisit les couleurs, on varie l'intensité, on s'arrête, on reprend. Cette alternance entre choix et répétition crée une forme de présence. Pour certains, c’est une parenthèse après le travail. Pour d'autres, c'est un moment partagé avec les enfants sans avoir l'impression de « faire la police » sur les écrans.
Dans un quotidien très chargé, la valeur d'une activité tient parfois à son accessibilité. Le coloriage présente cet avantage : il s'intègre facilement dans une soirée, un dimanche pluvieux ou une fin d'après-midi avant le repas. On peut y consacrer dix minutes ou une heure. On peut le faire seul ou à plusieurs, autour d'une table. Et surtout, on peut le reprendre plus tard sans culpabilité : une page entamée n'est pas un échec, c'est une histoire qui continue.
Pourquoi est-il apaisant, sans pour autant être une « recette miracle » ?
Il est tentant de présenter le coloriage comme un remède universel. En réalité, il ne se substitue ni au sommeil, ni à une vraie pause, ni à une aide professionnelle lorsque celle-ci est nécessaire. Mais il peut jouer un rôle très concret : offrir un espace mental plus calme. Lorsqu'on colore, l’attention se concentre sur un cadre limité et rassurant : une forme, une zone, une couleur. Cela réduit la place prise par les pensées en boucle, au moins le temps de l'activité.
On remarque également quelque chose de très « humain » : le cerveau aime les tâches qu'il peut terminer. Dans une journée où l'on enchaîne les messages sans fin et les obligations, terminer une petite tâche, puis une autre, procure une satisfaction simple. Elle n'est pas spectaculaire, mais elle est bien réelle. Pour les enfants, ce sentiment de progression est précieux : ils voient le résultat et comprennent qu'un effort régulier porte ses fruits.
Ce qui change quand on colorie en famille
Colorier ensemble, ce n’est pas seulement occuper les enfants. C’est créer une situation où chacun fait « la même chose » à son rythme, sans compétition. Les adultes sont souvent surpris : quand ils s’assoient vraiment et commencent à colorier, les enfants se détendent différemment. Ils posent moins de questions, réclament moins d’attention immédiate, car ils perçoivent que l’adulte est présent dans l’activité, et non pas juste à côté.
Cela peut aussi devenir un moment de conversation douce. Pas une discussion « sérieuse », mais des phrases courtes : « Tu fais le ciel en violet ? », « J’aime bien ton choix », « On peut échanger les crayons ? » Ces échanges construisent une forme de présence familiale, sans qu'il soit nécessaire de prévoir un grand programme.
Pour beaucoup, le déclic vient quand on trouve un format qui correspond vraiment à l’humeur du moment. Certains préfèrent des pages très simples, d’autres aiment les détails. C’est précisément pour cela que les livres de coloriage pour adultes sont devenus populaires : ils proposent souvent des motifs plus fins, plus variés, avec un rythme de coloriage qui ressemble davantage à une pause mentale qu’à un “jeu d’enfant”. Ce n’est pas une question d’âge, mais de style et de sensation : on choisit une page, on s’y met, et on laisse le reste attendre.
Petite liste de bénéfices concrets qu’on observe souvent
- Un temps sans écran facile à proposer (et plus facile à accepter).
- Une activité qui apaise sans exciter avant le coucher.
- Un espace où l’enfant peut choisir (couleurs, rythme, style) et se sentir autonome.
- Une alternative calme quand il pleut, quand on est fatigué, ou quand on a peu d’idées.
- Un moyen simple de partager un moment sans “performance” (pas de classement, pas de comparaison).
Choisir le bon type de pages : le détail qui change tout
On abandonne parfois le coloriage parce qu’on a choisi une page au hasard et que l’expérience n’a pas été agréable. La page était soit trop complexe pour un enfant, soit trop enfantine pour un adulte, soit trop chargée, soit au contraire trop vide. La clé, c’est l’adéquation. Une page doit correspondre à l’humeur du moment. Si l'on est déjà mentalement fatigué, un motif très détaillé peut être éprouvant. Si l’on a besoin d’occuper ses mains, un motif répétitif peut être parfait.
Les plus jeunes préfèrent les grandes zones, car ils voient vite le résultat. Pour les enfants qui aiment la précision, des pages un peu plus détaillées peuvent devenir un terrain de jeu. Les adultes peuvent alterner : une page simple quand ils veulent se détendre, et une page plus détaillée quand ils ont envie de se concentrer.
Installer un rituel “10 minutes”
On pense souvent qu’une bonne activité doit durer longtemps pour être efficace. Or, l’un des secrets du coloriage, c’est la régularité. Dix minutes après le dîner ou dix minutes avant le coucher des enfants peuvent suffire à créer une transition. L’objectif n’est pas de terminer une page, mais de changer d’état : passer du mode « agitée/dispersée » au mode « calme/présente ».
Pour rendre ce rituel réaliste, il faut le simplifier au maximum : un endroit fixe, une petite boîte de crayons et quelques feuilles accessibles. Si chaque séance exige de sortir du matériel, de chercher une page et de nettoyer la table, on abandonne vite. À l'inverse, si tout est prêt, le coloriage devient un réflexe.
Matériel : simple, mais pas frustrant
- Des crayons de couleur corrects (même une petite boîte suffit).
- Une gomme et un taille-crayon (pour les enfants, c’est essentiel).
- Un support rigide si on colorie sur la table basse.
- Du papier un peu plus épais si on utilise des feutres.
- Une chemise ou un classeur pour garder les pages commencées.
Idées de thèmes qui marchent bien en hiver (et autour de Nancy)
En hiver, on est souvent partagé entre l'envie de cocooning et le besoin de lumière. Les thèmes peuvent accompagner cet état d'esprit. Certains aiment les paysages : forêts, villages, ciel étoilé. D'autres préfèrent des motifs plus abstraits qui laissent la place aux couleurs. Pour les enfants, les saisons sont une source inépuisable d'inspiration : bonnets, écharpes, animaux d'hiver, fêtes, chocolat chaud.
Et puis, il y a le plaisir de faire entrer un peu de « local » sans que ce soit scolaire. Une page inspirée par des façades, des motifs architecturaux, des scènes de marché ou de rue peut devenir une manière légère de regarder son environnement d'un œil neuf. Même sans représenter un lieu précis, on peut retrouver l'ambiance : des tons chauds, la lumière de fin d'après-midi, des détails de vitrines, des silhouettes emmitouflées.
Quelques idées faciles (à piocher selon l’humeur)
- Motifs “hygge” : tasses, plaids, livres, bougies.
- Animaux d’hiver : renards, chouettes, cerfs, chats.
- Paysages calmes : collines, forêts, ciel nocturne.
- Motifs géométriques : répétitifs, parfaits pour déconnecter.
- Thèmes de fêtes : étoiles, guirlandes, flocons.
- Pages “nature” : feuilles, branches, fleurs stylisées pour apporter de la couleur.
Quand l’enfant “déborde” : transformer ça en liberté, pas en erreur
Beaucoup d’enfants (et d’adultes) s’arrêtent parce qu’ils veulent bien faire. Un trait dépasse, une couleur paraît étrange, et ils abandonnent la page. Or, le coloriage peut être un espace d’expérimentation. On peut normaliser l’imprévu : « Tu as dépassé ? On peut en faire une ombre. » « Le ciel est vert ? Pourquoi pas ? C’est ton monde. » Ce petit changement de regard réduit la pression et l’activité devient alors réellement apaisante.
En hiver, quand le rythme ralentit et que l'on cherche des moments simples à la maison, le coloriage a quelque chose de rassurant : il ne demande pas grand-chose, il s'adapte à tous les âges et il permet d'accéder facilement au calme. Seul ou en famille, pendant dix minutes ou une heure, sur une page simple ou un motif détaillé, l’essentiel est de retrouver ce geste tranquille : choisir une couleur, remplir une forme, respirer plus lentement. Dans un monde où tout s'accélère, cette simplicité est déjà une très bonne nouvelle.









