"Ceux qui comptent" à découvrir dès ce mercredi dans les salles de cinéma s’impose comme une parenthèse lumineuse dans le paysage cinématographique de ce mois de mars. Le film explore avec délicatesse les liens qui se tissent là où plus rien n’était attendu. Retour sur notre rencontre à Nancy avec Pierre Lottin et Jean-Baptiste Leonetti.
Retrouvez ici l'interview de Pierre Lottin et Jean-Baptiste Leonetti.
Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin partagent l’affiche du film « Ceux qui comptent », en salles ce mercredi 25 mars. Ils y incarnent Rose et Jean, deux êtres que tout semble opposer. Elle, mère de trois enfants, vit dans un hôtel désaffecté qu’elle occupe tant bien que mal, mais continue de croire, coûte que coûte, en des jours meilleurs. Lui, solitaire et taciturne, vivant dans sa camionnette, semble avoir enfoui toute émotion sous une épaisse carapace de pudeur. Lorsqu’elle est surprise en train de voler de la nourriture dans un hypermarché, il prend sa défense. Ce geste n’est qu’un début, à force d’insistance maladroite, Rose fait entrer Jean dans son quotidien, et l’étranger devient peu à peu un pilier de cette famille improvisée.
Comédie tendre sans jamais éluder la dureté du réel, le film n’évacue pas la précarité qui traverse ses personnages. Du chaos surgit pourtant la lumière. Jean-Baptiste Leonetti revendique pleinement cette tension au cœur de son cinéma de « faire un cinéma à la fois populaire et profond ». Car, ici la comédie ne vient pas atténuer la gravité des circonstances de ces vies, elle en devient le contrepoint nécessaire, permettant au récit de respirer et d’osciller entre légèreté et mélancolie, dans une forme de tragicomédie assumée.
Dans ce registre, Pierre Lottin -sacré au César 2026- s’impose tout en retenue, préférant suggérer plutôt que démontrer, laissant affleurer l’émotion dans les silences. Son personnage, peu loquace, repose sur une expressivité minimale où chaque regard, chaque infime mouvement prend du sens. Le challenge, c’est de faire comprendre des choses « en un battement de cils », confie l'acteur décrivant une approche instinctive de son rôle face à l’exubérance lumineuse de Rose.
Avec son grain de folie, notamment lorsque les personnages improvisent un stratagème pour duper l’assistante sociale, « Ceux qui comptent » ne parle pas tant de ceux sur qui l’on peut s’appuyer que de ceux qui comptent réellement pour nous. Une nuance essentielle, presque imperceptible, qui déplace le film vers une dimension profondément affective, où les solidarités humaines reprennent toute leur importance.
Mais alors, qui sont « Ceux qui comptent » au quotidien ? « Ce sont des gens de valeur, de principe, des gens prêts à donner des bouts de leur cœur », résume Pierre Lottin. Une définition simple, presque évidente, qui agit comme une clé offerte au spectateur, invité à reconnaître, dans ces trajectoires fragiles, quelque chose de lui-même, ces liens invisibles, mais essentiels, faits de confiance, de don de soi et de présence.







